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ode à l'outaouais



andré duhaime







I

une gitane de wrightville dans le parc jacques-cartier un 24 juin
des robineux à barbe de robineux à qui on lance des trente-sous
une maîtresse allemande au clitoris-étoile sur le capot
un joual pi un beu au même bacul une mémoire en fête
quelques autoroutes des montagnes des forêts des lacs
de la dynamite dans la panse de boîtes à malle
des truites engrossées par des mèches mal mégotées
un bébé plein de marde la guédille au nez un big mac au bec
un souper à new york un show ben rodé
un deuxième souper à washington de plus grosses menteries dedans
un été dans le maine un hiver à miami
un ché pas un shack ben sclack
des coureurs de bois en wallabees
un canot ensorcelé les seins blancs des lavandières outaouaises
un scapuleux scrupulaire de bonnes surs défroquées
une révolution un orgasme politisé une jocelyne lavant un oswald
un outsider à la tombe still unmarked dans le mass
jack des roses pourries dans le fond
un grand-père sous une croix de fer forgé
un deux trois de ses fils sous des croix noires similaires
lui pleurant la tête sans dessus dessous
cloué écartelé les quatre fers en l'air dans son kébérouac jack-pot
fort de silence d'innocence
moïse marchant selon les signes divins
grand bâtiment vieille grange théâtre à l'année longue
il travaille mange dort à lui-même père fils saint-esprit
auteur spectateur amant ami
le soir par la fenêtre de la chambre un clocher à la croix illuminée
une porte en avant pour facteur visiteurs
une porte sur le côté pour sortir fumer gitanes centurysées
autour du bloc et plus loin encore jusqu'au bout de la rue
sous l'arche somptueuse de grands érables
lui l'habitant paresseux passif insouciant
sans ambition sans vacances payées sans frivolités sans épices
lui l'habitant pas le paysan pas le fellah
non il n'a que 300 ans pas 3 000
le saint-laurent c'est pas le nil où vase versa
lui pourtant vaillant brave courageux jonglant sur le perron
les épaules au repos la tête le front ceint de volutes bleues
vie gâtée vie mal avortée
survivant dans des incubateurs merveilles modernes
grosses machines américaines
vie drôle de vie aux côtés de ceux avec qui il a chassé l'indien
pourtant sang métis que le sien
ah dollard saint aïeul saint spring saint héros national
t'aurais dû te contenter des barils de bière de ville-marie
alias vercingétorix grand pont alésia-québec sans garde-fou sans jules
sans ce shaghatte gréco-romain qui lui colle toujours aux fesses
il est lui il est eux trop du nord pour une pleine adhésion
tant d'années pour reprendre son souffle pomonique
révolte dans un tuyau de poème grosse truie de tôle cheap
né pour l'extase nourri au pain à l'eau
pour l'extase comme ces autoflagellés vicieux saints du missel
à beau mentir qui peine au loin
lui ce méchant chevalier noir le conspué des salles paroissiales
demander grâce au bon chevalier
plantant un couteau dans un dos
dans ces amériques aux klondikes finiment sassés ressassés
à lui de jouer 7 sans atout surcontré ou il passe
à la même table que ces partenaires
eux dont les pères se sont donné toutes les chances sous la couronne
nourris de gelée royale by appointment to her majesty the queen
fermez les yeux pensez à l'empire il a une belle main
dans sa cave il 'aura encore les cartes d'honneur
après les avoir fourrés aux as défaits battus soûlés noyés
allégrement alléluia enlevée la cagoule de schwartz
aujourd'hui aujourd'hui d'angoisses
où trouver du monde des tchums
pourquoi lutter tout le monde se trahit lui tourne le dos
amarrez-vous gang d'étoles turlutte fte-fte-fte tam ti delam
fatal folklore frelaté fauteur de tartufes fous futiles affamés
un pays sans petits-fils la foi se meure dans les sanctuaires
toute belle toute parfumée embaumée la foi
dans ses nouveaux vêtements de polyester de lin la foi se meure
lampions encens poussière béquilles corsets plaques votices
les enfants défunts orgasmes meurent sous les ovaires scolaires
ou continuer
ou déménager caché dans une table de matières grises
ou se suicider philosophale fleur
prindétonnante un 17 mars
ou les écouter am-fm s'écouter se lamenter
fantôme d'été indien en neige de mai
par d'interminables flaques de boue de névralgie
rester ici d'où sont ses grands-pères
faisant le singe couilles décaféinées dans son arbre généazoologique
un pied dans des rêves mous l'autre dans une tombe ailée
à apprivoiser à approvisionner la folie
ici fuel stream goéland dépérissant veillé par les mouches les pigeons
planante glue d'une corniche à l'autre
lui le puceau de confederation square l'âme à 365 degrés
grelottant dans ce cénotaphe torride de mai
j'y suis j'y suis pas gît suie gît slotche
gelant avec trois tonnes de fourrures dans le fond du canot
écrasé par les prodigieuses splendeurs de chaque côté de sa cage
belle diapo du haut d'une impériale londonienne usagée



II

en deçà du loufoque escalier de la rue kent
en deçà des étroites maisons de planches tout en rallonges
bébés à la mamelle jusqu'à l'arrière-grand-mère
une statue qui s'en contrefout vertement
tend une main rusée vers un frère qui se noie
sublime héroïsme mur-à-mur au cur de la rue wellington
de l'autre rive aux planes débâties
comme les enfants de toujours
ébloui par ses vulgaires intuitions mythologiques
émerveillé des crocus colorant les pelouses fades éraillées
si heureux de connaître le nom de ces fleurs
il ramasse des cennes le long des trottoirs
le million sue à grosses gouttes aux arrêts d'autobus
autour de la galaadoscopique flamme du centenaire
en voilà d'autres chaudes backbencheuses intouchables
cuivre aluminium nickel ah saint-graal rapatrié
au-delà des questions réponses anciennes
après avoir déjeuné maigrement des nouvelles
il progresse inexorablement
tout proche de la santa calicia vérité
ouvre la bouche fifille un sourire féérique
les aveugles illuminés iront carte blanche
les noyés s'élanceront à ton secours
bessie blair ma chère down the drain
en plein sparks street mall
au premier vagabond rond
homme que serais-tu devenu sans sir jack daniels
il baise les mains les charge de poignées de métal trop lourd
une sirène éperdue se prélassera
sur les feuilles de son lapsong souchong fumant
l'avenir s'endort dans les eaux
eaux-mères de sa petite hydrograffitie



III

angle rideau et freeman
printemps à kitchissipiland
passants à petits pas pressés
passants au sourire forcé par un sournois soleil intermittent
passants qui attendent l'autobus ne passant plus
travailleurs à la sueur de leur front de buf tout le tour de la tête casquée
grandes bâches crème en coton dans les vitrines de la baie
derrière des mannequins à habiller pour la prochaine saison
vague impression des ombres
des buildings s'élèvent sous de hautes grues lentes
tout à coup une des bâches glisse
deux mannequins en costumes blancs et rouges
trois chaises de toile sur un fond de bateaux à voiles
great regatta colors à la estée lauder
l'un regarde les lents mouvements giratoires des grues
l'autre debout derrière regarde les châteaux de merde sortant de terre
transportés dans des dix roues
cet autre semble chuchoter discrètement
voyez les pattes de bois de sa copine par ce temps de canard
la gueule les yeux cernés que ça lui fait
deux mannequins dans le dos des chauffeurs d'oc transpo
l'inspecteur au lieu avec un inhaleur vick's planté dans le nez
deux mannequins à l'amour gnan-gnan ventriloque
n'ayant jamais vécu plus vieux que maintenant
toujours trop jeunes pour connaître l'amour ridant-ridé l'amour mûr-mur
les poils chatouilleurs débordant des narines des oreilles
illumination l'envie soudaine d'écrire le livre de beurre
de rédiger un manuel pour poules de carrière le titre déjà trouvé
tout savoir sur l'art de faire bouillir des ufs de marbre
vitrines renversantes
son visage inversé tel un numéro de téléphone noté en vitesse
sur le papier aluminium d'un paquet de cigarettes
paradis de walkmans de walkie-talkies
la mains l'il plus que jamais de paire
édifices à démolir à restaurer façades fortifiées d'acier
rancune profonde de n'avoir eu la permission de s'amuser
avec le fauteuil roulant les béquilles de sa grand-mère
attention aux meubles attention aux boiseries
de là ce goût schizophrène pour les vieilleries
ces vieux bâtiments dont on ne démolit que l'arrière
quarts de carapaces trépasseuse de mémoire
cocons qu'on conserve pour la façade
mémoire terre-à-terre souvenir fenêtres
seul à une table de travail un après-midi d'un autre printemps
entre un cimetière et lui-même
il regardait son double dédoublé dans les châssis doubles
apercevant un groupe d'étudiants
il a fermé la lampe pour mieux les observer
les distraits traînant dans la slotche des bottes négligemment attachées
l'avaient-ils vu studieux trop studieux
derrière cette fenêtre identique à une centaine d'autres
mémoire terre-à-terre souvenir fantôme
c'était avant une des fins d'un monde annoncées
parti comme un petit poulet
ce grand-père mort un vendredi saint
il n'avait que des os froids pour jambes
il retrouvait dans une jeune infirmière son ancienne fiancée
laissée aux états à cause d'un mariage imprévu en canada
les autobus ronronnent leur reflet dans d'autres vitrines
lâchent des jets d'air sursautent les enfants
leurs mains crispées les unes dans les autres
la véritarératérité lui tombera ainsi dessus banalement
comme de la neige d'un toit en pente raide
comme les gouttes d'eau sous un passage sécuritaire en madriers
ses fillettes impatientes tiraillent chacune de leur côté
dents de lait piégées strabique angle de braquage maximum
billes cordes à danser bicyclettes kraft dinner passe-partout
effacent peu à peu ses pleurnichages
c'est quand qu'on rent'-tu pa
il ne lui reste que des bribes de rêves affranchissant
jours néfastes et journées fastes
cette peur de la rue qui pourrait les tuer si jeunes
si petites déjà sans grands-pères
frêle îlot de fiorinal cassé en deux mille miettes
reprenant vie dans les gouttes d'eau la publicité les photos d'archives
reflets du grand soleil revenu sur les vitres les chromes
ses yeux flagellés vertiges nausée
que la hâte de dépouiller le courrier qui l'attend peut-être
que le désir de fermer les yeux de rêver
cauchemardesquement réveillé par le téléviseur à fermer
immobile lèvres pincées sourire fermé
rotant grasses frites hot dog au ketchup café tiède
au milieu des immigrants du marché
ces gens qui semblent parler la langue des fruits légumes
ces gens de couleur qui achètent mangent les couleurs légères
pour quand la vie sur les gazons tapis de turquie piquées de crocus
soudain c'est le printemps avril ne te découvre pas d'un fil
oublier l'été saison des fleurs vertes fièvre des foins
quand les mouches s'échangent les vaches à grands coups de queue
attendre l'automne ces quelques semaines les jalousies sous peu givrées



IV

debout angle byward et george
bourbeux barbu le chanteur à qui on jette des trente-sous
du plomb dans la balance du rêve
chante un appartement à trouver un appartement centre-ville
at least un trou à l'armée du salut
il est là ftal ivrogne dodelinant terreux végétal
sorti les oreilles les dernières du grand jardin du monde
frais déboulé de la corne d'abondance de zunder's fruitland
habillé en bûcheron poétillon par tradition
les yeux dans la foule mouvante
les genoux en lambeaux de limbes
un ange le soutient par les aisselles
sur les portières des autos qui stoppent un moment
il pourrait voir son ange-gardien ses grandes ailes à pois jaunes
daphné la verra-t-il aujourd'hui
est-elle en ville y est-elle à demeure en touriste du moins
il y a tant à voir tant à manger ici
entre les étals les auvents bariolés
il la verra il la verra sûrement
elle aura son même manteau marron
la reconnaîtrait-il vêtue autrement le reconnaîtra-t-elle
il y a si longtemps maintenant huit ans dix
il gratte sa hart de noisette à trente-sous
il la voit elle s'approche capiteuse légumineuse
elle choisit des fruits regarde les fleurs
il ose un coup d'il aux achats au sac au corps
elle lui coupe la barbe replante des poils dessus son crâne
elle le reconnaît c'est bien lui
lui qui tenant un livre en tremblotant avait chuchoté je t'aime
elle n'avait rien dit pas répondu
le professeur s'était éclairci la gorge
de la poésie de la poésie allons
la guitare au dos le chien au poteau du parcomètre
il tire la porte dans le portique en tire une deuxième
la laisse passer avec son grand sac fleuri
ils sont dans une vieille maison restaurée
un garçon les mène près des fenêtres
une table sous les plantes
deux bières pas de bière de l'eau water please
morris saslove meat joe feller factory surplus
mother thucker's food experience flamingo room
frontenac room rosa meat market budapest delicatessen
fishmongers lapointe slipacoff's meat and fruit shop
pas de deux clothes sir plus knight on the road
la baie Woolworth pant-i-monium ampersand toy shop
upholstery upholstery upholstery fix it your self
l'amour a mouru se dit le beau prince déchu
parmi crottes et pelures des trottoirs déserts du marché
flâner solitaire jusqu'au bénirail catholique
jusqu'à la dialectique d'un été
acéphale monstre blanc à quatre pattes
sur un gazon d'éclats de marbre
pas aléatoires aux alentours du paradis de mc clintock
fragile au bout de ses ficelles un nuage de papier mâché
trône immobile au-dessus du marché
un tit brin de flacatoune flic flasque couic couic fuck
une bouteille vide roule au cur de la nuit



V

rentré vers 23 heures
un peu de vin un sandwich au jambon
pas de smoked meat comme pieux kaddish à sarah-peau-de-pêche
la surprenante blonde à l'étoile de david en or au cou
comment a-t-on pu la porter ailleurs cette étoile
sa main malhabile cherche un peu de musique
ne sait mettre en marche le disque de cohen
kosher marche funèbre en cette dernière heure de juillet
une aventure de sherlock holmes grésillement du jazz
no better time to say goodbye to this lost world
lost world ghetto surpeuplé d'ombres
ce coin de montréal à la mordecai richler à quel saint s'avouer
duddy kravitz ti-jean lévesque marie de l'incarnation
ah celle-là ce blême buste au regard fuyant
elle qu'il avait invitée maquillée
seule dame patronnesse au banquet de son mariage
encore maquillée aujourd'hui les yeux hagards
toujours là au haut du bahut à chercher qui sait quel amour
extase ses mains que font donc ses mains
urgence de quel amour parle-t-on
de quel amour jouit-elle depuis des siècles des siècles
des siècles que les mêmes pierres sont sur le bord de la rivière
ces pierres usées des deux portages du parc brébeuf
explorateurs missionnaires indiens coureurs de bois
il a marché sur les mêmes pierres qu'eux
celles qu'ils avaient posées là en escaliers rudimentaires
pour se faciliter le portage des cargaisons des canots
il a marché sur leurs pierres sunday explorer à bicyclette
famille à deux roues du dimanche outaouais
enfoncée dans un bout de forêt
là juste derrière l'ancien cégep entre le pont champlain et e b eddy
quelle idée d'être allé flâner par là
s'éraflant cuisses jointures risquant de tuer les bébés
c 'est un chemin dangereux c'est un ch'min ben roffe
répétait l'un des portugais encravaté au bout de sa ligne à pêche
je suis sur la trace de mes pères
ah sourires en douanier éberlué il les regarde passer
le chemin devenait tout à fait impraticable
quel baptême de sang d'eau ça aurait pu être
alors que charmante information par un froid lundi matin pluvieux
éventuellement gris pluvieux tant que lundi s'appellerait lundi
la société historique s'en venait toute officielle en costumes d'époque
avec vrais canots d'écorce de trente pieds de long
s'en venait rendre hommage à brûlé champlain brébeuf
trente-trois ans qu'il avait le brébeuf
quand il fit mijoter sa première soupe sur cette ancienne transcanadienne
en route comme tant d'autres vers les pays d'en haut
quelle spasmodique face il aurait aujourd'hui
s'il osait boire l'eau brunâtre de la grande rivière
aux dernières nouvelles les grenouilles se font rares dans le comté de lanark
le gouvernement va instituer une commission royale d'enquête
pour compter les survivantes décider d'en continuer ou non la vente
dans les chics restaurants du circuit gastronomique de la capitale
dis champlain t'avais vu les belles cuisses
tu as préféré vénérable fondateur ottawa ottawax
qui allait te statufier sur la pointe nepean
le majeur l'astrolabe pointé vers les bonnes sociétés
la tour midi à quatorze heures de la paix à venir
hulldehullladull a gardé brébeuf



VI

première neige marie-marelle colin-maillard archibald
jouent à faire des pâtés marbrés dans la cour
à rouler la neige en bonhomme haut comme ces trois pommes
à califourchon sur sa pelle sur la neige les feuilles mortes
marie-marelle s'élance en sorcière
vae victis enfants de la défaite
la mort était venue elle reviendra encore
il reste figé comme un de ces exposés poudrés
coupées les heures besoins à réduire
l'âme alanguie regimbe diable bleu
plus rien qu'un maigrissant ingrat oisif à sa fenêtre embuée
aux décors d'hiver raréfiant l'air
les bronches s'enfirouapant dans la fumérarium
de sa tour d'ivoire clair ou presque
il a rêvé aux triplets d'une sur imaginaire y songe encore
ne vois-tu donc rien venir sur bell
sonnerie de réveil téléphone on lui apprend qu'une tante
la première des trois tantes veuves
vient d'être écrabouillée contre un mur de ciment
en bouillie les vacances au soleil de mazatlan
avorté le voyage de las tres torieuses tabarnakoritas
malheureux clin d'il du grand borgne sur une autoroute verglacée
oh archibald de médicamenteuse mémoire
pourquoi des enfants qui meurent avant les parents
ses doigts entre les rideaux des fenêtres
il étudie les effets de la neige sur les branches des arbres
surveille les enfants qui ne tiennent plus en place en faisant du ménage
quelle bonne épouse il fait telle chère mère
ce jour lointain à coup de forceps il est sorti né dans son ventre
un effort prendre un peu d'air froid
chasser l'endormitoire avec les bruits de ses chaînes
aller se vider la vessie au fond du cul-de-sac thomas
contre un orme de l'allée au bréviaire
à l'entrée du cimetière désaffecté des bons pères rédemptoristes



VII

attente spirituolithique du messie
juif français américain chinois neveurmagne
bazouelle de centaure hellzapoppinien stie de messie
oui un jour il arrivera lancé crinière au vent
les pieds chaussés de cannettes de bière vides consignées
tournoyant pétaraparadant vociférant
la vérité est interdite aux constipés
autour des bronzes sales de confederation square
avec le rire virginal de la fille de négociation
grand sandblasting place du lieu commun
lauriezvoustupasvuctetoutnu
cétupasassezeffrayantienquunpeu
de dire avec cet exécrable accent typique exaspérant
la gare de guerre lasse au palace platonique
ventre national d'uvres d'art
guirlandes messianiques vomissures de libations
fonctionnaires nés pour une petite panique
demain l'armistice entre-temps
la corne de lune s'amuse en paix
aux grandes heures de ses petites semaines
venues du fond du faux fond d'air pur de son cerveau
des milliers de choses géniales
voir tout à coup que ses miettes sont déjà toutes patentée
c'était la gloire le salut public
voir tout à coup qu'il avait oublié radio express time dazibaos
déconvenue d'origine incongrue
réminiscences de traductions bandit bandé parasite pourri
pendu beau gourd aux trente-six cordes d'un zigoneux
cercles de feu étincelles éthérées
qui quoi de neuf sous le soleil
amour guerre fleurs neige
rien pour aujourd'hui cher macchabée
y paraît que la neige sera chaude cet hiver
inspiration découragement
l'ombre de lui-même magnification du minable
comment devenir un minable sublime
liquide amer dans l'âme frugale apocalypse couleur locale
le haut clocher pastoral brûle
profil cassé sauvons le village rester heureux au coin du feu
queue d'âne maître queue d'aronde



VIII

la cambuse s'emballe cauchemar
de bas en haut réclames graffiti
murs à barbouiller à peinturlurer
à défoncer à coups d'épaule
éclats de génie éclairs de génisse
jusqu'à ce qu'ils s'écroulent
rats souris capsules rouillées table écoute ruines
colosses culpidés rongés de dehors du dedans
néant habité nerfs d'acier veines électriques
d'un coup de pied débouler dans le secret humain
il est là derrière ce mur blanc caché abrité traqué
sa mécanique bibliothèque cérébrale sur les paumes
un il regarde par l'anal trou de serrure
on le fusille les balles sifflent ricochent le criblent
mort par-devant par-derrière
un général s'approche l'achève
des soldats courent tirent
des plombs aplatis sur d'autres plombs au fond des cavités
on jouit de son martyre
cauchemar
il lui apporte un jus d'orange elle monte son déjeuner au lit
comme au temps des trois petits pissenlits
père fils saint-esprit garrochés dans le même lit
de pierres grises de feuilles mortes
sous l'il d'un chevreuil égaré
comme la première fois qu'il l'avait prise
après avoir longtemps joué sur son ventre blanc
petit chaperon rouge sur le bord d'une grande rivière
cherchant une chaloupe pour arriver chez mère-grand
ses doigts perdus grande steppe son ventre
affolement grand désordre au dedans
une chaloupe un gré n'importe quoi
traverser la soudaine petite rivière tout en rapides
entre ses jambes s'ouvrait pour le laisser pénétrer
s'ouvrait un chaud humide étroit interminable tunnel
le laisser descendre le long de ses parois
aiguilles de pin feuilles mortes crottes d'écureuil traîtres tessons
fourmilières terriers roches grises fer feu terre eau
jusqu'à l'autre côté du monde cactus périscopique
venant dans la poche d'un marsupial australien lancé au grand galop
franchir joyeusement allègrement l'espace le temps
à cheval sur un jet de sperme ailé



IX

un corps mort de silences de migraines
s'est réveillé dans un ascenseur de verre panoramique
s'est élevé au-dessus des laurentides moutonneuses
l'après-midi où il a commencé à se douter
qu'il pouvait bien être le père le fils ou quelque chose
d'un centaure messianique
criblé de soleil de sable d'enfants de mots de circonstances
ce corps mort de fatigue oh migraines
qui revient du maine
pâlira lentement tout au long des courtes
journées d'automne après un bien bel été à la mer
puis définitivement blanc comme neige
toutes couleurs hivernant sous les paupières
anniversaire d'un amour d'automne
gâteau de sable apporté par les petites
telle cette marmite fumante au bout des bras de petits chinois dodus
du feuillet publicitaire de chez chui wah
tellement d'anniversaires en automne en hiver au printemps
pas un seul en été sinon ceux des pères absents
sinon celui de l'été lui-même
fête folle de l'espace sur les bords de l'atlantique
jours débordés d'une morvaille turbulente de nos enfants bronzés
ils ne sont ni d'argile ni de boue ni de marbre ni de métal précieux
chimères dernières ardeurs chimiques de septembre
tout a pris vie avec elle ils font corps
chaleurs été indien bouches en fleurs fruits défendus
somptueux buffet surf-and-turf
dans un pourtant quelconque guest house de pine point
ensemble ils ont appris soleil lune flore faune dictionnaires rêves
longues heures de travail ardu
veilles d'espoir de crainte de maux de dents
ont surgi des vies des poèmes
dévorés par une inextricable épopée
sont-ils ce qu'ils voulaient être
se reconnaissent-ils dans ce qu'ils sont devenus
elle est là
leurs corps côte-à-côte se soutiennent
de grandes pensées lasses se traînent
la queue basse dans une épaisse gibelotte
à faire vomir les paisibles aïeux du cimetière voisin
elle qui disait dans cette chambre humide de sous-sol
le soleil ne se couchera jamais sur notre empire
elle muette bavarde comme ses coups de pinceaux
elle drapée de tissus exotiques elle à déchiffrer
elle transforme toute banalité en aphorisme
pour son propre amusement
à son continuel étonnement grotesque à lui
comme les traces de goélands sur le sable entre les vagues
des heures des heures puis n'y rien comprendre
égarement dans la contemplation de l'ombre de ses ombres
c'était avant que la cigogne et le grand-chef
ne soient déclarés fonctionnaires excédentaires
c'était au temps où son ventre ne cessait de se gonfler
un nom d'enfant pour chaque année impaire
qu'ont-ils conservé des premiers mois à deux
de la forêt des pierres grises des vins des saunas
et du souvenir de leur premier voyage à la mer
leurs filles venues nombreuses grandissent
elles ont chassé ces images de sage tranquille exaltation
elles inondent les jours de cris de rires de pleurs
elles leur ressemblent un peu
chacune leur tour elles les retournent à eux-mêmes
partout par terre elles sont là
avec catalogues de sears de canadian tire avec papier ciseaux colle
avec crayon l'application patiente des premières voyelles
avec la fée des dents et autres sortilèges
du temps des amours à ce soir
des verges d'or aux iris de sibérie
d'autres têtes se glissent entre leurs bras
s'appuient sur leurs genoux redisent leurs je t'aime en écho
enfants-coquillages de la bourdonnante mer de fertilité
petites bouches barbouillées de couleurs de chocolat
un dernier verre d'eau un dernier pipi un dernier bisou
elles finiront par s'endormir sur le tapis du salon tout près d'eux
ces enfants qui se disperseront dans la foule des autres enfants
les jours de rentrée scolaire
apprivoiser ces adultes qu'elles deviendront
les rapailler miette à miette à même le jour à même la nuit
en sourdine toujours cette peur de les laisser à mi-chemin
peur de leur mort de la leur de la sienne
seraient-elles autres si
serait-elle autre si serait-il autre si
ils dormiront dans des draps séchés au grand air
a dit la tante Marie-Ange
leurs mains glisseront sur leurs corps
délayant froid chaleur
corps fatigués plus tôt qu'avant
peaux déjà un peu trop grandes pour leurs os
ils s'écrouleront tels ces châteaux de sable
les refaire demain
non pas attendre
rentrer cette nuit
des centaines de kilomètres encore une dernière nuit sur la route
les yeux fixés dans le noir sur les lignes jaunes ou blanches
les enfants endormies à l'arrière de la voiture
troublant silence un jour finit un jour commence
premières lueurs d'aube revenir de la mer
après un détour au village ancestral
il est épuisé à force de rabâchage de veille
s'ils avaient pu vivre cet automne
dans la grande maison en bardeaux
à flâner à marcher sur la plage
à attendre les petites penchées sur de précieux coquillages
à chaque vague la mer de plus en plus sauvage
leurs ébats ceux des oiseaux de l'eau confondus
s'ils avaient eu une grande maison
comme ce presbytère à l'ombre du clocher
ce presbytère en voie d'être un foyer d'accueil pour vieillards
nettoyé curé de ses soutanes par la vieille tante Marie-Ange
leur marmaille remplaçant momentanément
les anciennes pieuseries marmonneuses
cet ex-presbytère où ils ont fait halte
non pas la petite maison carrée du grand-père
ah grands-pères
qui ne voulaient pas la guerre mais qui ont su saigner les cochons
qui ont été domestiqués dans les chantiers les moulins
bûcher draper scier du bois ici ou en nouvelle-angleterre
cette petite maison adossée à la ligne
à l'abandon sous une plaque de numéro civique toute neuve
une civilisation et demie plus tard
le moindre village a électricité aqueduc
grands-pères
il vous voit de loin en loin
dans les pains juifs les non-pains chinois
comme tant d'autres il a l'habitude des incantations à ses morts
grands-pères
que n'avez-vous su équarrir vos haches
que n'avez-vous su voler piller sans remords
que n'avez-vous su pisser dans votre petit pain
pour vous absoudre vos péchés avant de le faire manger aux curés
que n'avez-vous su dans vos soûleries à la bagosse
couper la queue de vos bêtes vous en faire cent pinceaux
farder la lune de vos rêves
que n'avez-vous su éjaculer dans vos montres de poche
pour vous approprier le temps
père père
comment n'as-tu pas su retarder ta mort
jusqu'à la naissance de son premier enfant
depuis que les jours où les larmes le faisaient tituber
il sait les miettes de pain ne seront jamais des grains de riz
il se désole vos épitaphes en fer forgé rouillent sans soins sans fleurs
monuments générations os racines quoi après
ce septembre sera pluvieux selon l'almanach
de la pluie ou des enfants
à qui mieux-mieux qui fera le plus de bruit
à sa table imperturbable elle travaille
les petites volent son matériel paradent dans les vêtements tirés des valises
toutes tassées les unes contre les autres comme à la mer
les beaux châteaux-ma-tan-tire-relire-reliro
aux plumes des bouts de bois pour étendards
tous complices des vagues qui venaient les renverser
le sable redevient du sable
immortalité ou phénomènes compensatoires
lourde lueur d'éternité sont-ils faits pour durer
inutile impossible marche arrière
tout est autre tout est pire tout est ça
le tic-tac des montres de poche a disparu la queue les aiguilles
sans charme cette montre au quartz
un nasillard mécanisme entonne hey jude
révolu le traditionnel rituel de mise au lit docile
voir laisser regarder
elle l'ingénue aux milles et un bambous
lui se gave de bagatelles se ronge les ongles
trop chétives ailes pour l'ailleurs
connaîtra-t-il ce troisième âge d'enfance
caressera-t-il les enfants de ses enfants
ces fruits tardifs des amours d'antan
verra-t-il son sang marcher sur d'autres pieds
balbutier d'autres mots d'enfants
quand sa fin sera venue la poussière était promise
sa notice nécrologique sur écrans cathodiques
quelques décennies quelques pixels
qu'on disperse ses cendres sur les tombes de villeroy
du coin de l'il il la voit
elle lève les yeux devine ses larmes ravalées
sourit répète veux-tu me rendre un service sois plus drôle
help yourself enjoy yourself
à la maison elle s'assoit au clavier jauni du piano d'occasion
premières mesures allegro con trio
the wilde horseman de schumann
elle s'empêtre comme d'habitude
il s'approche de ses clavicules comme l'eau de la mer
tout le monde dodo demain c'est l'automne
la vie continuera sans miracle
couvertures de laine gruau
arbres multicolores à regarder
heures solennelles
les écureuils noirs reviendront jouer dans les branches
s'enfuiront avec les noix prises d'entre leurs doigts
demain le poids des jours
que seul le courrier peut-être saura alléger



X

womena approche
entends ce qu'est devenu le pays
où comme toi
depuis que tu t'es jetée en bas de la falaise
on ne vit plus que par les yeux
depuis les pins les cèdres de jadis
depuis les algonquins les hurons
les champlain les lecaron
venus souffrir souffrir pour dieu seul
jusqu'à philemon alonzo e b
jusqu'aux draveurs juchés sur les trains de bois
jusqu'aux fonctionnaires perchés dans la place du portage
sors du lac cesse de jouer à la sainte-nitouche
viens faire un tour de ville plaines et collines
viens dans ce pays d'eau dans ce pays interdit
où la nuit loups huards chouettes last shows
mêlent leurs plaintes monotones aux rêves
viens dans ce pays des fils du brave cadieux
exilés anonymes jusqu'au dernier souffle
déguisés en spectateurs dociles à flanc de colline
surveillés par des hordes de constable polycarpe
womena entends
comme tant d'autres il est arrivé ici
au confluent de l'outaouais de la gatineau
après des années d'apprenti robe-noire
sur les bords paisibles du lac des deux montagnes
où il canotait aux heures libres
vers hudson heights vers rigaud vers oka
arrivé à hull par une route d'ontario
pour habiter des rues étroites
de maisons en planches grises en papier goudronné
des cabanes qu'on allait bientôt démolir
qu'on a presque toutes démolies
qui n'existent plus ont-elles même déjà existé
à la place desquelles on a bâti des gratte-ciel des parkings
enchâssant vestiges vieilleries
dans des halls des tavernes des bars aux noms glorieux
raftsmen jos montferrand au bon vivant le fou du roi
comme tant d'autres
qui pleuraient en feuilletant les petites
annonces classés du droit
dans les chambres du château laurier du standish hall
qui ne voulaient pas penser à rester ici toute une vie
comptant les semaines à hull
avec le coup de canon dominical du parc major
abaque à poudre blanche
comme tant d'autres
il a fini par habiter cette terre de portage
tente astheure de la chanter
pour ceux d'ici qui ne sont toujours que de passage
ne s'avouant qu'ils ne sont plus d'ailleurs
à l'heure où les enfants partent ailleurs
pour ceux d'ailleurs qui ne voient toujours ici
qu'arrirère-pays ignorance débauche
depuis les bûcherons les pitounes de bytown
jusqu'aux gangsters de scarlet hull under chapital hill
womena sors du lac
dévoile ta jeunesse enfuie respire l'air d'octobre
enlève tes dentelles mortuaires festonnées de quenouilles
ne te contente plus des timides asters des noyés
ne laisse plus pockeye et mabeline tourner en rond sur la rive
saison après saison comme de lourds nuages gris
vieille folle frigide
légendaire proie capricieuse
princesse à robe blanche de mariée avec une longue traîne
montre-toi à tes amoureux à l'un d'eux
que l'un des deux touche ta bouche mochez vieux humains
vous saurez vous rendre la vie par de tendres gestes
un peu de chaleur comme en ces jours d'été indien
avant rafales poudreries neige froid vide
womena vois
ces yeux qui marchent sur l'eau
telles des libellules
dérivant s'accrochant aux roches de nulle part
tels des billots
lambeaux de chair du radeau colombo
visite une à une les pierres
qui retracent une histoire à jamais locale
vois ce pays celui dit de pontiac des outaouais
fantasme de cycliste tu as trop longtemps hésité
cesse de t'étriper dans des bagatelles d'adolescence
viens dans ce pays d'eau
au fur et à mesure détruit par le feu
dans ce pays sans queue ni tête
têtard tournoyant dans une chaudière sans anse
viens sans cribe ni drame l'habiter
fais sûr que ce pays soit le tien le sien



XI

saint joseph
arrivant avec les premiers arrivants
arrivé avec toute la famille dans les bagages
la belle-mère anne je vous salue mère de marie
muette puis non sous le coup de yahvé
qui voulait déjà être admirée des terres des bateaux du fleuve
remontant le saint-laurent pour avoir un peu de tranquillité
jusqu'à sa marie de ville évidemment
élisant ta cache royale alors les autres pigeons-voyageurs
s'installaient ou continuaient en explorateurs cowboys solitaires
vers l'ouest go west d'avant l'extermination des bandes de bisons
la mise en conserve du saumon rose du pacifique
tarzan veillant silencieusement sur cheetah
jane champlain maisonneuve
sur la colonie ses petites guerres ses petites
piétés ses petites orgies
un bon petit frère te découvrirait un beau jour
deviendrait ton portier protecteur
veillant sur la marie de ville qu'on bâtirait qu'on bâtissait
de la rue de la friponne à fletcher's park et au-delà
pendant que fourrures bois glisseraient sur le fond de l'air
saint joseph
vents froids neige fondante
les copeaux de la varlope de ta robe
un à un déboulaient la montagne
on les ramassait mesurait coupait clouait peinturlurait
la ville de ta vierge de femme grandissait
s'élevaient les cent clochers-mamelles de pierre
perpétuant du dedans à chaque angélus
l'infâme proposition archangélique au petit clitoris
maintenant déguisé en lampion
pour le bon secours des navigateurs naufragés
tu savais tu souriais encore toujours dans ta barbe d'arbres
où on viendrait pique-niquer flâner boire chanter
dans cette ville qui était déjà grande il est né
avec quelques années de retard sur la dernière guerre
qui venait de renflouer les finances de jos frank les autres
on a pensé l'appeler joseph puis pierre pas james
parrain romantico-alcoolique
spanish eyes fredonnait-il en boisson
qui n'avait jamais amassé suffisamment d'argent
de chapeau à royal vic
pour pouvoir voir sa lointaine irlande
finalement finalement andré plus moderne andré
comme le petit bessette qui faisait des miracles avec son huile
dans son sanctuaire érigé avec les cennes des petites gens
à la veille de la gloire du rocket du pocket rocket
du socket de l'electrohome qui envoûtait les enfants
sur le vieux sofa rose aux fils d'or de la rue palm
saint joseph
c'est à toi qu'il a pensé ce soir de février sur le trottoir gelé
rentrant à la maison pour le souper
avec sous le bras un petit paquet de steak haché
la dernière commission à l'épicerie lalonde
l'ultime commission d'enfant avant le départ pour le collège
ce collège dont la compote de pommes avait été l'argument décisif
pour lui faire embrasser la vie de ces robes-noires
qu'il entendait prier ce soir-là
comme tous les matins tous les soirs
debout assis à genoux debout à genoux
prier dans leur chapelle de l'autre bord de la ruelle
donnant sur sa cuisine à travers un store vénitien
toi patron des vocations dans ce lointain juvénat
où il s'en allait devoir renier sa famille son petit bout de vie
où il commencerait à remplir des carnets de conversations
avec un idéal alpiniste autrichien
faute de ne jamais entendre les divines questions-réponses
un directeur spirituel à l'inquisiteur stylo rouge
hachurerait ses maigrelettes lignes south sea bleu
dix années de soyez des perles on vous découvrira
pour apprendre que défroquer n'était pas un ticket pour l'enfer
l'enfer l'enfer
à demi endormi dans les bras de sa grand-mère
il avait vu son premier démon
une chose noire ronde sur le rebord de la fenêtre rue walker
dans cette chambre balayée de féroces phares fous des machines
alors que son grand-père toujours au même bout de table
jamais couché ce grand-père ni le soir ni le matin
toujours vieille cette grand-mère
aujourd'hui ses mains à lui comme les siennes à elle
jamais vraiment assez vieille cependant pour mourir
même quand il l'a vue la dernière fois dans son cercueil ouvert
au fond de la fosse sur la butte de sable à villeroy
19 mars lui et lui ou lui astrologiquement poissons
partagé entre le brillante vie de botte-ribotte
avec les affriolantes nana-nini-manon-nioui-ninon
l'austère labeur quotidien popotte-rabote
fidélité aveugle jusqu'à la mort obscure
vie de josephté ne pas connaître de femme
ne pas connaître de viscéraux sentiments de paternité
rêver de tendres bras chauds de menus cuisses fuyantes
voir pendre de continuellement sèches chaudières à eau d'érable
saint joseph de la ben bessette
saint goy vue ouïe goût toucher odorat inoffensifs bucoliques
béatifié aux côtés de la petite kateri de la continguë stelle céleste
ton portier défrichait patiemment
tu attendais encore plus patiemment les pieux touristes des états
parfaire le grand shrine d'encens de cire de plaques votives
petit nègre lui-même dans ces sombres corridors souterrains
marchant vers le bureau de rédaction de la revue aux 70 000 copies
petit schwartz qui au grand soleil lisait un pseudonyme
en caressant le sein gauche d'une sorcière bien-aimante
saint joseph de la câlisse de crisse de revire-mitaine
saint joseph de l'hostie de tabarnaque de pâte molle de revire-mitaine
saint joseph de batêche de batêche de batêche de revire-mitaine
saint joseph de saint joseph de beau bateau de revire-mitaine
oh saint joseph du mont-royal
ouvre ta shop à miracles parachute ales vertus capitales
mets de ton bord les frère andré brébeuf jogues lallemant
olier de montmorency laval villeneuve
charbonneau savard legault
racole toutes les shiksas de toutes les amériques
priez pour lui intercédez pour lui miraculisez-le
avant que sa tête de vache ruminant son brin de vie
perdue le long d'une autoroute toujours à venir
ne devienne le tant désiré peat-moss
des hautes et basses terres
en amont en aval du saint-laurent et affluents



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